Roqya

Sorcellerie en Islam : définition, preuves du Coran et de la Sounnah

Illustration d’objets associés à la sorcellerie : parchemin, talismans, bougies et fioles.
La sorcellerie en Islam (as-siḥr, السِّحْر) désigne des pratiques occultes, souvent liées à des incantations et au recours aux démons. Son existence est attestée par le Coran et la Sounnah authentique, et sa pratique est interdite. Aucun effet ne survient sans la permission d’Allah.
  • Existence attestée : Al-Baqarah 2:102, le récit des magiciens de Pharaon et le hadith des sept péchés destructeurs.
  • Pratique interdite, citée parmi les sept péchés destructeurs.
  • Aucune maladie ni difficulté personnelle ne doit être attribuée automatiquement à la sorcellerie : cela exige des preuves.
  • Protection : roqya légiférée, adhkār du matin et du soir, et consultation médicale en cas de doute.

Définition linguistique et terminologique du siḥr

Le mot arabe siḥr appartient à la racine س ح ر. Les lexicographes, notamment Ibn Manẓūr dans Lisān al-ʿArab, le rattachent à ce dont le procédé est subtil ou caché. Une formule classique dit :
Définition classique

السِّحْرُ مَا لَطُفَ مَأْخَذُهُ وَدَقَّ

« Ce dont le procédé est subtil et difficile à saisir. »

Le sens linguistique englobe aussi la tromperie des sens et l’illusion ; il ne suffit donc pas, à lui seul, à déterminer le statut religieux de chaque pratique. L’encyclopédie Dorar al-Saniyya (Mawsūʿat al-ʿaqīda) donne une définition proche de ce sens linguistique :
Définition linguistique

السِّحْرُ لُغةً: هو صَرْفُ الشَّيءِ عن وَجْهِه

« Le siḥr, au sens linguistique, consiste à détourner une chose de son aspect réel : le sorcier fait paraître le faux sous les traits du vrai. »

Dorar al-Saniyya.

Au sens terminologique, la même source décrit des nœuds et des formules (récitations, talismans) par lesquels le sorcier recourt aux démons pour nuire à sa victime, tout en rappelant que nul n’est atteint « qu’avec la permission d’Allah » (Al-Baqarah 2:102). Al-Khaṭṭâbî précise que la sorcellerie est une œuvre de Satan, qu’il accomplit sur l’homme par son souffle, son incitation et son murmure, et que le sorcier s’en charge en l’apprenant de lui et avec son aide. Dans la terminologie religieuse, le siḥr recouvre diverses pratiques occultes : incantations interdites, procédés de tromperie, et, dans certaines formes décrites par les savants, recours aux démons. Les exégètes distinguent les illusions perceptives des actes de sorcellerie auxquels les textes attribuent une nuisance réelle, toujours subordonnée à la volonté divine.

La preuve coranique centrale : Al-Baqarah 2:102

Un Coran ouvert et un Coran fermé posés en pleine nature, évoquant les preuves coraniques sur la sorcellerie en Islam.
Coran — Al-Baqarah, 2 : 102

وَمَا كَفَرَ سُلَيْمَانُ وَلَٰكِنَّ الشَّيَاطِينَ كَفَرُوا يُعَلِّمُونَ النَّاسَ السِّحْرَ

« Ce n’est pas Salomon qui a mécru, mais les diables ont mécru : ils enseignent aux gens la magie. »

Traduction du sens.

Coran — Al-Baqarah, 2 : 102

فَيَتَعَلَّمُونَ مِنْهُمَا مَا يُفَرِّقُونَ بِهِ بَيْنَ الْمَرْءِ وَزَوْجِهِ ۚ وَمَا هُم بِضَارِّينَ بِهِ مِنْ أَحَدٍ إِلَّا بِإِذْنِ اللَّهِ

« Ils apprennent auprès d’eux ce qui sème la désunion entre l’homme et son épouse. Or ils ne sont capables de nuire à personne qu’avec la permission d’Allah. »

Traduction du sens.

Ce verset mentionne explicitement l’enseignement de la sorcellerie, la séparation possible entre époux et la dépendance absolue de tout effet au décret d’Allah. Il évoque Babylone et Hârût et Mârût. Il faut s’en tenir aux données établies du texte sans reprendre comme certaines les légendes populaires associées à ce récit. Ibn Kathīr et Al-Qurṭubī l’examinent longuement dans leurs commentaires.

Moussa et les magiciens de Pharaon

Coran — Ṭā-Hā, 20 : 66

قَالَ بَلْ أَلْقُوا ۖ فَإِذَا حِبَالُهُمْ وَعِصِيُّهُمْ يُخَيَّلُ إِلَيْهِ مِن سِحْرِهِمْ أَنَّهَا تَسْعَىٰ

« Il dit : « Jetez plutôt ! » Et voilà que leurs cordes et leurs bâtons lui parurent ramper par l’effet de leur magie. »

Traduction du sens.

Le verbe yukhayyalu renvoie à l’apparence et à la perception. Les magiciens de Pharaon exerçaient une illusion qui ne saurait être assimilée au miracle prophétique accordé à Moussa. La confrontation relatée par le Coran (notamment Al-Aʿrāf 7 : 116-122) oppose les artifices humains au signe divin. Les sources de l’Égypte ancienne documentent, par ailleurs, des incantations et des pratiques magico-religieuses ; ce contexte historique ne doit pas être confondu avec une identification précise des épisodes coraniques.

Les preuves de la Sounnah authentique

Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Prophète ﷺ a dit :
Hadith

« Évitez les sept destructeurs ! » Ils demandèrent : « Ô Messager d’Allah ! Quels sont-ils ? » Il répondit : « Donner un associé à Allah, pratiquer la sorcellerie, tuer, sans raison valable, une personne dont Allah a rendu l’âme sacrée, prendre des intérêts, spolier le bien de l’orphelin, fuir le jour de la bataille et lancer de [fausses] accusations contre les croyantes chastes et insouciantes ! »

Authentique — rapporté par Al Bukhârî et Muslim — Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, n° 2766.

Cette mention souligne la gravité religieuse du siḥr. Certaines pratiques comportent des actes de mécréance ou d’associationnisme, notamment lorsqu’elles impliquent une adoration adressée à d’autres qu’Allah. ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) rapporte, au sujet de la sorcellerie dont fut victime le Prophète ﷺ :
Hadith

« Un homme [de la tribu] des Banî Zurayq, du nom de Labîd ibn Al-Aʿṣam, ensorcela le Messager d’Allah ﷺ si bien que le Messager d’Allah ﷺ avait l’impression d’avoir fait une chose alors que ce n’était pas le cas. Il en fut ainsi jusqu’à un jour ou une nuit où il était chez moi. Le Messager d’Allah ﷺ invoqua, encore et encore. Ensuite, il a dit : “ Ô ʿÂ’ishah ! As-tu senti qu’Allah m’a répondu pour ce que je Lui ai demandé ? Deux hommes sont venus me voir. L’un s’est assis au niveau de ma tête et l’autre à mes pieds. L’un des deux demanda à son compagnon : « De quoi souffre l’homme ? — Il est ensorcelé, répondit l’autre. — Qui l’a ensorcelé ? — Labîd ibn Al-Aʿṣam ! répliqua l’autre. — Avec quoi ? — L’autre répondit : Avec un peigne, des mèches de cheveux et une spathe séchée de palmier mâle. — Et où se trouve-t-il ? demanda le premier. — Dans le puits de Dharwân ! » ” Le Messager d’Allah ﷺ s’y rendit avec certains de ses Compagnons, puis il déclara : « Ô ʿÂ’ishah ! Certes, son eau était semblable à une infusion de henné ou comme si les têtes de ses palmiers étaient semblables à des têtes de démons ! » J’ai dit : « Ô Messager d’Allah ! Que ne l’as-tu pas brûlé ? — Le Prophète ﷺ répondit : Allah m’en a guéri et j’ai répugné susciter un mal parmi les gens. » Il ordonna donc de l’enterrer. »

Authentique — rapporté par Al-Bukhârî et Muslim — Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, n° 5763.

Les savants sunnites précisent que cette épreuve touchait certains aspects de sa vie humaine, sans porter atteinte à la transmission de la révélation, à sa véracité ni à sa mission prophétique.

La sorcellerie à travers les civilisations

En Mésopotamie, des textes rituels akkadiens, dont la série Maqlû, attestent des incantations dirigées contre des influences réputées malfaisantes. En Égypte ancienne, amulettes, formules protectrices et rites magico-religieux apparaissent dans les sources écrites et archéologiques. Les mondes grec et romain ont laissé des tablettes de malédiction et des formules rituelles visant notamment les relations humaines. Mise en scène d'un rituel occulte en forêt : fioles, plantes et livre en flammes, illustrant les pratiques de sorcellerie à travers les civilisations.

Mise en scène. La sorcellerie est interdite en Islam.

Dans diverses sociétés africaines et asiatiques, l’ethnographie documente des pratiques liées aux esprits, à la divination ou aux amulettes. Ces traditions diffèrent fortement selon les lieux et les époques. Leur existence historique atteste des croyances et pratiques humaines, mais ne démontre pas scientifiquement l’efficacité surnaturelle revendiquée par leurs auteurs. La réalité doctrinale du siḥr en Islam repose, quant à elle, sur les textes révélés.

Formes évoquées par les textes

Les textes évoquent plusieurs formes :
  • Le siḥr de séparation (at-tafrīq) : Al-Baqarah 2 : 102.
  • La magie d’illusion (at-takhyīl) : le récit des magiciens de Pharaon, Ṭā-Hā 20 : 66.
  • Les insufflations sur les nœuds : sourate Al-Falaq.
Le dernier cas est mentionné en ces termes :
Coran — Al-Falaq, 113 : 4

وَمِن شَرِّ النَّفَّاثَاتِ فِي الْعُقَدِ

« Et contre le mal de celles qui soufflent sur les nœuds. »

Traduction du sens.

Les nomenclatures très détaillées circulant dans certains milieux de roqya ne correspondent pas toujours à des catégories explicitement établies par le Coran ou la Sounnah. Il convient de vérifier chaque attribution. Illustration de la séparation entre deux époux, évoquée dans Al-Baqarah 2:102 : deux silhouettes de bois et un cœur brisé sous une fumée sombre.

Les explications des savants

Ibn Kathīr (m. 774 H), dans son Tafsīr d’Al-Baqarah 2 : 102, rassemble les interprétations anciennes relatives à l’enseignement de la sorcellerie et à son caractère répréhensible. Al-Qurṭubī (m. 671 H), dans Al-Jāmiʿ li-Aḥkām al-Qur’ān, analyse les définitions, les manifestations et les questions juridiques qui en découlent. Ibn Taymiyya (m. 728 H), notamment dans Majmūʿ al-Fatāwā, aborde les rapports entre les pratiques occultes, les démons et le tawḥīd.

Protection et roqya légiférée

La protection du croyant repose sur la confiance en Allah, les invocations authentiques, les adhkār du matin et du soir, la récitation du Coran et la roqya légiférée (الرُّقْيَةُ الشَّرْعِيَّةُ). Les sourates Al-Falaq et An-Nās occupent une place essentielle. La roqya se distingue des pratiques occultes par son attachement à l’unicité divine et l’absence de formules polythéistes. Il serait cependant contraire à la prudence d’attribuer automatiquement à la sorcellerie une maladie, une souffrance psychologique, des troubles du sommeil ou des difficultés conjugales. La recherche de soins médicaux et psychologiques demeure compatible avec les moyens spirituels licites ; aucune accusation ne doit être portée contre autrui sans preuve.

Que faire en cas de doute ?

Face à une difficulté dont on ne connaît pas la cause, la première démarche est médicale : un médecin ou un professionnel de santé doit être consulté. Les moyens spirituels licites s’y ajoutent sans les remplacer : la confiance en Allah, les adhkār du matin et du soir, la récitation d’Al-Falaq et d’An-Nās, et la roqya légiférée. Pour la pratique de la récitation sur l’eau ou sur une huile, voir qu’est-ce que la coranisation ? Le sidr, disponible en poudre ou dans le bain Naturibain, est traditionnellement associé au bain purificateur dans le cadre de la roqya légiférée. Cette mention est informative : elle ne remplace pas les soins médicaux et n’est pas une allégation d’efficacité pour un produit. À l’inverse, les savants mettent en garde contre le recours aux devins, aux voyants et aux praticiens qui mêlent Islam et occultisme, ainsi que contre la « contre-sorcellerie » faisant appel à d’autres qu’Allah. Ces erreurs sont détaillées dans notre article sur les pratiques de charlatans à éviter. Jâbir (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Messager d’Allah ﷺ fut interrogé sur le désenvoûtement (an-nushrah) :
Hadith

« C’est l’une des œuvres de Satan ! »

Authentique — rapporté par Abû Dâwud et Aḥmad.

Ce hadith vise le procédé en usage avant l’Islam, qui consistait à annuler un sort par un autre sort. Ce procédé repose sur la sorcellerie et l’appel aux démons : c’est un acte de polythéisme, donc illicite. Le désenvoûtement permis est celui qui annule le sort par la roqya, c’est-à-dire par la récitation du Coran, des invocations connues ou des remèdes licites.

Sorcellerie et mauvais œil : quelle différence ?

Le mauvais œil (al-ʿayn) naît d’un regard admiratif, avec ou sans intention de nuire, et n’exige aucun rite. La sorcellerie (as-siḥr) suppose des pratiques apprises. Le tableau résume les différences.
Critère Mauvais œil (al-ʿayn) Sorcellerie (as-siḥr)
Point de départ Un regard admiratif, avec ou sans intention de nuire. Des pratiques apprises : incantations, procédés occultes et, selon certaines formes décrites par les savants, recours aux démons.
Rite nécessaire Non. Oui, par définition.
Statut des textes Réalité attestée par le Coran et la Sounnah. Réalité attestée par le Coran et la Sounnah ; pratique interdite, citée parmi les sept péchés destructeurs.
Permission divine Aucun effet sans la permission d’Allah. Aucun effet sans la permission d’Allah.

Questions fréquentes sur la sorcellerie en Islam

Qu’est-ce que la sorcellerie en Islam ?

La sorcellerie, as-siḥr, est une réalité reconnue par le Coran et la Sounnah authentique. Elle recouvre des pratiques occultes : incantations interdites, procédés de tromperie et, dans certaines formes décrites par les savants, recours aux démons.

La sorcellerie existe-t-elle selon le Coran ?

Oui. Le Coran mentionne l’enseignement de la sorcellerie (Al-Baqarah 2 : 102), l’illusion des magiciens de Pharaon (Ṭā-Hā 20 : 66) et le mal de « celles qui soufflent sur les nœuds » (Al-Falaq 113 : 4). Tout effet reste subordonné à la permission d’Allah.

Quelle différence entre la sorcellerie et le mauvais œil ?

Le mauvais œil naît d’un regard admiratif et n’exige aucun rite, alors que la sorcellerie suppose des pratiques apprises. Dans les deux cas, aucun effet ne survient sans la permission d’Allah.

Peut-on consulter un voyant ou un devin ?

Non. Les savants mettent en garde contre le recours aux devins, aux voyants et aux praticiens qui mêlent Islam et occultisme, ainsi que contre la « contre-sorcellerie » faisant appel à d’autres qu’Allah.

Que faire si l’on pense être touché par la sorcellerie ?

Il faut d’abord consulter un médecin ou un professionnel de santé, car une maladie ou une souffrance psychologique ne doit pas être attribuée automatiquement à la sorcellerie. Les moyens spirituels licites s’y ajoutent : confiance en Allah, adhkār du matin et du soir, Al-Falaq et An-Nās, et roqya légiférée. Aucune accusation ne doit être portée contre autrui sans preuve.

Conclusion

La sorcellerie est une réalité attestée dans la doctrine islamique par le Coran et la Sounnah authentique. Les récits de Babylone, des magiciens de Pharaon et les enseignements prophétiques en montrent la gravité et les limites : aucune nuisance ne survient indépendamment de la volonté d’Allah. L’étude historique éclaire la diversité des pratiques humaines ; la rigueur religieuse commande d’affirmer les textes sans exagération, superstition ou accusation infondée. La connaissance du siḥr doit renforcer le tawḥīd, la vigilance et l’attachement aux protections légiférées.

Références principales

Coran : Al-Baqarah 2 : 102 ; Ṭā-Hā 20 : 66-70 ; Al-Aʿrāf 7 : 116-122 ; Al-Falaq 113 : 4.

Al-Bukhārī, Ṣaḥīḥ, hadiths n° 2766 et 5763 ; Muslim, Ṣaḥīḥ.

Ibn Manẓūr, Lisān al-ʿArab, entrée سحر.

Ibn Kathīr, Tafsīr al-Qur’ān al-ʿAẓīm, commentaire de 2 : 102.

Al-Qurṭubī, Al-Jāmiʿ li-Aḥkām al-Qur’ān, commentaire de 2 : 102.

Ibn Taymiyya, Majmūʿ al-Fatāwā, passages sur les djinns et la sorcellerie.

Abû Dâwud, Sunan, et Aḥmad, Musnad : hadith de Jâbir sur l’an-nushrah (traduction et explication : hadeethenc.com).