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Le mauvais œil et la jalousie en Islam : signes, preuves et remèdes selon le Coran et la Sounnah
Sommaire
- Définition du mauvais œil (al-‘ayn) et de la jalousie (al-hasad)
- Les preuves du Coran sur le mauvais œil et la jalousie
- Les signes du mauvais œil : ce qui est établi et ce qui relève de l’observation
- Comment se protéger du mauvais œil selon le Coran et la Sounnah
- Comment se soigner du mauvais œil selon le Coran et la Sounnah
- Ce que disent les grands savants sur le mauvais œil
- Les erreurs fréquentes et pratiques des charlatans à éviter
- Questions fréquentes sur le mauvais œil en Islam (FAQ)
Définition du mauvais œil (al-‘ayn) et de la jalousie (al-hasad)
Qu’est-ce que le mauvais œil (العين) ?
Définition linguistique
En arabe, le terme al-‘ayn (العين) désigne littéralement l’œil, l’organe de la vue. Par extension, il a pris le sens de « mauvais œil » dans l’usage courant. Le verbe associé, aana, signifie « atteindre par le regard ». Les Arabes utilisaient aussi ce mot pour désigner les espions envoyés en éclaireurs – ceux qui « regardaient » pour le compte d’un autre. L’idée centrale reste la même : un regard qui atteint, qui touche.Définition religieuse
La Commission permanente pour la recherche islamique et les consultations juridiques (Arabie saoudite) définit le mauvais œil comme suit : il prend naissance dans l’admiration excessive que l’auteur du regard éprouve pour une chose ou une personne. Cette admiration se transforme en un état psychologique pernicieux qui « injecte son poison dans le regard jeté à la victime ». Ibn al-Qayyim, dans son Zād al-Ma’ād, le décrit comme des « flèches qui partent de l’âme du jaloux porteur du mauvais œil pour se diriger vers la victime » – flèches qui atteignent leur cible quand elle est exposée et sans protection, et qui peuvent lui revenir quand elle est bien armée. Le mauvais œil peut être jeté avec ou sans intention malveillante. Une personne peut atteindre son propre enfant, son propre bien, ou même elle-même par admiration excessive. Ibn al-Qayyim le confirme explicitement.La preuve de l’existence du mauvais œil
Le Prophète ﷺ l’a dit sans ambiguïté :العين حق
Al-‘aynu ḥaqq
« Le mauvais œil est une réalité. »
Rapporté par al-Bukhârî
العين حق، ولو كان شيء سابق القدر سبقته العين
Al-‘aynu ḥaqq, wa law kāna shay’un sābiqa l-qadar, sabaqat-hu l-‘ayn
« Le mauvais œil est une réalité. Et si une chose devait précéder le destin, le mauvais œil l’aurait précédé. »
Rapporté par Muslim
Qu’est-ce que la jalousie (الحسد) ?
Définition linguistique
Le terme al-ḥasad (الحسد) vient d’une racine arabe qui exprime l’idée de détester un bienfait chez autrui. Le dictionnaire Al-Qāmūs al-Muḥīṭ le définit comme « espérer que les bienfaits ou les vertus d’autrui lui reviennent ou qu’elles lui soient ôtés ». C’est différent de al-ghibaṭ, qui désigne le fait de souhaiter posséder le même bien sans vouloir que l’autre en soit privé – cette dernière forme est permise, voire louable dans certains contextes.Définition religieuse
Cheikh Ibn Taymiyya définit la jalousie comme « le fait qu’un homme déteste les bienfaits qu’Allah a donnés à un tiers ». Cheikh Ibn ‘Uthaymîn précise : « La jalousie, c’est détester ce qu’Allah a donné comme bienfaits à un tiers – que la personne jalouse souhaite que ce bienfait disparaisse ou non. Le simple fait de le détester suffit à constituer la jalousie. » Al-Qurṭubî, dans son exégèse, est encore plus sévère : « La jalousie est une caractéristique blâmable. Celui qui est jaloux est angoissé. La jalousie consume les bonnes actions comme le feu consume les fagots de bois. » L’adage islamique rappelle que la jalousie est « le premier péché par lequel on a désobéi à Allah dans les cieux et sur terre » : dans les cieux, Iblîs fut jaloux d’Adam ; sur terre, Qâbil (Caïn) fut jaloux de Hâbil (Abel).Quelle différence entre le mauvais œil et la jalousie ?
La distinction est nette, et Ibn al-Qayyim la formule avec précision dans Badā’i’ al-Fawā’id :« Le mauvais œil est une jalousie spécifique. Toute personne qui atteint son prochain par son mauvais œil est forcément jalouse. L’inverse n’est pas vrai. »
Le mauvais œil peut-il provenir d’une personne qui nous aime ?
Oui. C’est un point que beaucoup ignorent. Le mauvais œil n’exige pas de haine ni d’intention de nuire. Il peut émaner d’une admiration sincère, même bienveillante, si elle n’est pas accompagnée de la formule de bénédiction (bārak Allāhu fīk, Allāhumma bārik). Le hadith de Sahl ibn Ḥunayf en est l’illustration la plus connue : ‘Āmir ibn Rabī’a l’aperçut qui se lavait et dit : « Je n’ai jamais vu un corps aussi beau ! » Sahl s’effondra aussitôt. Le Prophète ﷺ, informé, convoqua ‘Āmir et lui dit avec colère : « Pourquoi l’un d’entre vous tue-t-il son frère ?! Quand tu vois quelque chose qui force ton admiration, tu dois invoquer la bénédiction divine. » (Rapporté par Mālik, Ahmad, an-Nasā’î et Ibn Ḥibbân, authentifié par al-Albânî) ‘Āmir n’était pas un ennemi. Il admirait simplement. Mais sans bénédiction, l’admiration peut blesser. À retenir :- Al-‘ayn (mauvais œil) naît d’un regard admiratif non accompagné de bénédiction.
- Al-ḥasad (jalousie) est plus large : il n’exige pas de regard direct.
- Le mauvais œil est une forme spécifique de jalousie, selon Ibn al-Qayyim.
- Il peut venir d’un proche aimant, sans intention de nuire.
- Son effet n’advient que par la permission d’Allah.
- La foi en son existence est une composante de la croyance islamique.
Les preuves du Coran sur le mauvais œil et la jalousie
Sourate Al-Falaq : la jalousie explicitement citée
La sourate Al-Falaq (113) est la preuve coranique la plus directe. Allah y ordonne au Prophète ﷺ – et à travers lui à toute la communauté – de chercher refuge contre plusieurs maux, dont la jalousie :قُلْ أَعُوذُ بِرَبِّ الْفَلَقِ ﴿١﴾ مِن شَرِّ مَا خَلَقَ ﴿٢﴾ وَمِن شَرِّ غَاسِقٍ إِذَا وَقَبَ ﴿٣﴾ وَمِن شَرِّ النَّفَّاثَاتِ فِي الْعُقَدِ ﴿٤﴾ وَمِن شَرِّ حَاسِدٍ إِذَا حَسَدَ ﴿٥﴾
Qul a’ūdhu bi-rabbi l-falaq / min sharri mā khalaq / wa min sharri ghāsiqin idhā waqab / wa min sharri n-naffāthāti fī l-‘uqad / wa min sharri ḥāsidin idhā ḥasad.
« Dis : « Je cherche protection auprès du Seigneur de l’aube naissante, contre le mal des êtres qu’Il a créés, contre le mal de l’obscurité quand elle s’approfondit, contre le mal de celles qui soufflent sur les nœuds, et contre le mal de l’envieux quand il envie. » »
Sourate Yûsuf : Ya’qûb et la crainte du mauvais œil
Le prophète Ya’qûb (Jacob, paix sur lui) recommande à ses fils, avant leur départ pour l’Égypte, d’entrer par des portes séparées :وَقَالَ يَا بَنِيَّ لَا تَدْخُلُوا مِن بَابٍ وَاحِدٍ وَادْخُلُوا مِنْ أَبْوَابٍ مُّتَفَرِّقَةٍ
« Mes fils ! Gardez-vous de pénétrer dans la cité par une seule et même entrée, mais plutôt par des portes séparées. Mes conseils ne vous seront toutefois d’aucune utilité contre les décrets d’Allah. »
Sourate Al-Qalam : le regard des mécréants
وَإِن يَكَادُ الَّذِينَ كَفَرُوا لَيُزْلِقُونَكَ بِأَبْصَارِهِمْ لَمَّا سَمِعُوا الذِّكْرَ
Wa in yakādu lladhīna kafarū la-yuzliqūnaka bi-abṣārihim lammā sami’ū dh-dhikr.
« Peu s’en faut que les mécréants, en entendant le Coran, ne te transpercent par leurs regards. »
La jalousie dans les récits coraniques
La jalousie (al-ḥasad) traverse plusieurs récits coraniques :- Les frères de Yûsuf jalousent leur frère pour l’amour que leur père lui porte (Sourate Yûsuf, 12 : 8).
- Les mécréants jalousent les croyants pour les faveurs qu’Allah leur accorde : « Envient-ils aux gens ce qu’Allah leur a donné de par Sa grâce ? » (Sourate An-Nisā’, 4 : 54).
- Iblîs lui-même est présenté comme le premier jaloux, refusant de se prosterner devant Adam par orgueil et envie.
- Al-Falaq (113 : 5) cite explicitement le mal de l’envieux – preuve directe dans le Coran.
- Ya’qûb (Yûsuf 12 : 67) prend des précautions concrètes contre le mauvais œil.
- Al-Qalam (68 : 51) évoque le regard des mécréants voulant atteindre le Prophète ﷺ.
- La jalousie traverse plusieurs récits coraniques majeurs.
- Ces versets constituent une preuve textuelle indiscutable de la réalité du mauvais œil en Islam.
- Tout effet du mauvais œil ne survient que par la permission et le décret d’Allah.
Les signes du mauvais œil : ce qui est établi et ce qui relève de l’observation
Ce que les textes authentiques établissent
Les textes authentiques n’établissent pas une liste de symptômes cliniques précis. Ce qu’ils établissent, c’est la réalité de l’atteinte et sa gravité potentielle. Le Prophète ﷺ a dit :إن العين لتولع الرجل بإذن الله حتى يصعد حالقا ثم يتردى منه
« Certes le ‘ayn s’accroche à un homme avec la permission d’Allah jusqu’à ce qu’il monte sur une haute montagne puis en tombe. »
Rapporté par Ahmad, authentifié par al-Albânî
العين تدخل الرجل القبر والجمل القدر
« Le ‘ayn fait rentrer l’homme dans la tombe et le chameau dans le récipient [de cuisson]. »
Rapporté par Abû Nu’aym, authentifié par al-Albânî
Effets rapportés dans la Sounnah
Le cas de Sahl ibn Ḥunayf est le plus documenté : après avoir été regardé avec admiration, il s’effondra et fut incapable de bouger. Le Prophète ﷺ ordonna à ‘Āmir de faire ses ablutions et versa l’eau sur Sahl, qui « rejoignit les autres comme s’il ne souffrait plus de rien ». Cet épisode montre un effet physique soudain et une guérison rapide par la méthode prophétique.Manifestations physiques parfois observées
Cheikh ‘Abdul ‘Azîz as-Sad’ân, se basant sur des observations pratiques, mentionne des manifestations qui peuvent accompagner une atteinte par le mauvais œil :- Forte migraine et teint jaunâtre
- Transpiration et mictions fréquentes
- Manque d’appétit, sensation de suffocation
- Réchauffement ou refroidissement des extrémités
- Palpitations cardiaques, douleurs dans le bas du dos et les épaules
- Problèmes de santé sans cause médicale identifiée
Répercussions psychologiques possibles
Parmi les effets parfois rapportés : tristesse inexpliquée, changements d’humeur brusques, sentiment de peur anormale, tendance à l’isolement. Là encore, ces états peuvent avoir des origines psychologiques ou médicales indépendantes du mauvais œil. Le discernement s’impose.Troubles du sommeil
L’insomnie nocturne et les rêves perturbants sont parfois mentionnés dans les descriptions pratiques. Mais le Coran et la Sounnah ne les citent pas comme signes spécifiques du mauvais œil – ils peuvent relever de nombreuses autres causes.
Difficultés de la vie quotidienne
Certains rapportent une série de revers inexpliqués : projets qui échouent, relations qui se détériorent, blocages répétés. Ces expériences sont réelles et méritent d’être prises au sérieux. Mais les attribuer systématiquement au mauvais œil sans discernement est une erreur que les savants mettent en garde contre.L’importance du discernement
C’est le point le plus crucial. Al-Nawâwî rappelle : « Toutes les choses arrivent par le décret divin. Aucun mal ne peut survenir, qu’il s’agisse du mauvais œil ou de tout autre chose, si ce n’est par le décret divin. » Cela signifie deux choses pratiques :- Ne pas attribuer chaque difficulté au mauvais œil – c’est une erreur spirituelle et intellectuelle.
- Ne pas nier son existence – c’est aller à l’encontre des textes authentiques.
- Les textes authentiques établissent la réalité et la gravité potentielle du mauvais œil.
- Aucune liste de symptômes cliniques n’est fixée par le Coran ou la Sounnah.
- Les manifestations physiques et psychologiques observées peuvent avoir d’autres causes.
- Consulter un médecin reste prioritaire face à tout symptôme physique.
- Attribuer systématiquement ses malheurs au mauvais œil est une erreur à éviter.
- Le discernement est une obligation spirituelle et intellectuelle.
Comment se protéger du mauvais œil selon le Coran et la Sounnah
Préserver son Tawḥîd et placer sa confiance en Allah
La protection commence par la foi. Placer sa confiance totale en Allah (tawakkul) et renforcer son tawḥîd (monothéisme pur) est le bouclier fondamental. Ibn al-Qayyim écrit dans Zād al-Ma’ād : les flèches du mauvais œil « ne peuvent pas avoir d’impact sur la cible quand elle est vigilante et bien armée ». Cette armure, c’est avant tout la foi solide, les actes d’obéissance et la relation directe avec Allah.Les invocations du matin et du soir (adhkâr)
Le Prophète ﷺ a établi des invocations (adhkâr) à réciter chaque matin et chaque soir. Elles constituent un bouclier quotidien. Parmi les plus importantes pour la protection :أعوذ بكلمات الله التامات من شر ما خلق
A’ūdhu bi-kalimāti-llāhi t-tāmmati min sharri mā khalaq.
« Je cherche refuge auprès des paroles parfaites d’Allah contre le mal de ce qu’Il a créé. »
Rapporté par Muslim
أعيذكما بكلمات الله التامة من كل شيطان وهامة ومن كل عين لامة
U’īdhukumā bi-kalimāti-llāhi t-tāmmati min kulli shayṭānin wa hāmmatin wa min kulli ‘aynin lāmmah.
« Je vous mets sous la protection des paroles parfaites d’Allah contre tout diable, toute créature venimeuse et tout mauvais œil nuisible. »
Rapporté par Abû Dâwûd et at-Tirmidhî
Âyat al-Kursî
Le verset du Trône (Sourate Al-Baqara, 2 : 255) est la protection la plus puissante du Coran. Le Prophète ﷺ a dit que celui qui le récite le soir est protégé jusqu’au matin par un gardien envoyé par Allah, et que Satan ne peut l’approcher. Sa récitation matin et soir fait partie des adhkâr essentiels.اللَّهُ لَا إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ الْحَيُّ الْقَيُّومُ…
« Allah ! Point de divinité en dehors de Lui, le Vivant, Celui qui subsiste par Lui-même… »
Les trois dernières sourates (Al-Muʿawwidhât)
Al-Ikhlāṣ (112), Al-Falaq (113) et An-Nās (114) forment les mu’awwidhāt – les sourates de protection. Le Prophète ﷺ les récitait chaque matin et chaque soir, trois fois chacune, et soufflait sur ses mains qu’il passait ensuite sur son corps. ‘Ā’isha (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’il faisait de même chaque nuit avant de dormir. (Rapporté par al-Bukhârî et Muslim)
Parmi ces trois sourates, Al-Falaq et An-Nās – appelées ensemble « al-Muʿawwidhatân », les deux Protectrices – occupent une place particulière contre le mauvais œil précisément, comme le rapporte ce hadith :
كان رسول الله صلى الله عليه وسلم يَتَعَوَّذُ مِنَ الجَانِّ، وعَيْنِ الإنسان، حتى نَزَلَتْ المُعَوِّذتان، فلمَّا نَزَلَتا، أخذ بهما وتركَ ما سواهما
« Le Messager d’Allah ﷺ avait l’habitude d’implorer la protection d’Allah contre les djinns et le mauvais œil des hommes, jusqu’à ce que furent révélées les deux Muʿawwidhatân (Al-Falaq et An-Nās). Après leur révélation, il se contenta uniquement d’elles et délaissa toute autre formule. »
Rapporté par Abû Sa’îd Al-Khudrî (qu’Allah l’agrée) ; authentique, rapporté par At-Tirmidhî, An-Nasā’î et Ibn Mâja
Invoquer la bénédiction lorsqu’on admire un bienfait
C’est la protection la plus immédiate et la plus négligée. Le hadith de Sahl ibn Ḥunayf, déjà cité plus haut, en est le fondement direct :علام يقتل أحدكم أخاه إذا رأى أحدكم من أخيه ما يعجبه فليدع له بالبركة
« Pourquoi l’un d’entre vous veut-il tuer son frère ? Si l’un d’entre vous voit chez son frère ce qui lui plaît, qu’il invoque la bénédiction en sa faveur. »
Rapporté par Ibn Mâja (n° 3509), authentifié par Cheikh al-Albânî
اللهم بارك
Allāhumma bārik (fīh).
« Ô Allah, bénis-le. »
Préserver une certaine discrétion
Le Prophète ﷺ a dit : « Aidez-vous pour la réussite de vos affaires par le secret. Chacun qui possède un bien est envié. » Note : le sens de ce hadith est rapporté dans plusieurs recueils, mais sa chaîne de transmission fait l’objet de discussions parmi les spécialistes, qui divergent sur son degré d’authenticité. Le principe de discrétion et de pudeur dans l’exposition de ses bienfaits reste néanmoins confirmé par d’autres textes. Ne pas étaler ses projets, ses réussites, sa situation financière ou familiale sur les réseaux sociaux ou dans les conversations est une protection concrète recommandée par les savants.Multiplier le rappel d’Allah (dhikr)
Allah dit dans le Coran :أَلَا بِذِكْرِ اللَّهِ تَطْمَئِنُّ الْقُلُوبُ
« C’est par l’évocation d’Allah que les cœurs se tranquillisent. »
Pratiques sans fondement religieux à éviter
Certaines pratiques culturelles répandues n’ont aucun fondement dans le Coran ni la Sounnah et peuvent relever du shirk (polythéisme) ou de la bid’a (innovation blâmable) :- L’œil bleu (nazar boncuğu) et autres amulettes « protectrices »
- Les talismans, fils noués, pierres gravées de symboles
- Les formules de « voyants » ou de charlatans
- Les pratiques de contre-envoûtement faisant appel à des entités autres qu’Allah
- La protection commence par le tawḥîd et la confiance en Allah.
- Les adhkâr du matin et du soir sont le bouclier quotidien établi par la Sounnah.
- Âyat al-Kursî et les trois dernières sourates sont les protections coraniques les plus puissantes.
- Invoquer la bénédiction (Allāhumma bārik) quand on admire quelque chose est une obligation pratique.
- La discrétion sur ses bienfaits est une protection recommandée par les savants.
- Les amulettes et talismans sont interdits et peuvent constituer du shirk.
Comment se soigner du mauvais œil selon le Coran et la Sounnah
La roqya légiférée
La roqya légiférée (الرقية الشرعية, al-ruqya ash-shar’iyya) est l’exorcisme légal par la récitation du Coran et des invocations authentiques. Le Prophète ﷺ a dit : « Il n’y a pas de mal à l’exorcisation tant qu’elle ne comporte pas de polythéisme. » (Rapporté par Muslim) Al-Suyûṭî et Ibn Ḥajar ont établi trois conditions pour une roqya valide :- Être faite avec les paroles d’Allah ou Ses noms et attributs.
- Être en langue arabe ou dans une langue dont le sens est bien compris.
- Avoir la conviction que l’effet vient d’Allah seul, pas du praticien.
Al-Fātiḥa
La sourate d’ouverture est la mère du Coran et une guérison. Un hadith rapporté par al-Bukhârî raconte qu’un compagnon guérit un chef de tribu piqué par un scorpion en récitant Al-Fātiḥa sur lui. Le Prophète ﷺ, informé, dit : « Et qu’est-ce qui t’a appris qu’elle est une roqya ? » – validant ainsi la pratique.Âyat al-Kursî
Le verset du Trône (Al-Baqara, 2 : 255) est récité sur la personne atteinte, en soufflant légèrement sur elle ou sur de l’eau.Les deux derniers versets de la Sourate Al-Baqara
آمَنَ الرَّسُولُ بِمَا أُنزِلَ إِلَيْهِ مِن رَّبِّهِ وَالْمُؤْمِنُونَ… (Al-Baqara, 2 : 285-286) Le Prophète ﷺ a dit : « Quiconque récite les deux derniers versets de la sourate Al-Baqara dans la nuit, ils lui suffisent. » (Rapporté par al-Bukhârî et Muslim)Les trois dernières sourates
Al-Ikhlāṣ, Al-Falaq et An-Nās sont récitées sur la personne atteinte, en soufflant sur elle. Gabriel lui-même récitait une roqya sur le Prophète ﷺ avec ces formules :بسم الله أرقيك، من كل شيء يؤذيك، من شر كل نفس أو عين حاسد، الله يشفيك
Bismillāhi arqīk, min kulli shay’in yu’dhīk, min sharri kulli nafsin aw ‘aynin ḥāsid, Allāhu yashfīk.
« Au nom d’Allah, je te fais la roqya contre tout ce qui te nuit, contre le mal de toute âme et de tout œil envieux. Qu’Allah te guérisse. »
Rapporté par Muslim
Réciter sur de l’eau ou de l’huile (la coranisation)
La pratique de réciter sur de l’eau des versets coraniques, puis de faire boire ou verser cette eau sur la personne atteinte, est authentiquement établie. Il est rapporté que ‘Ā’isha (qu’Allah l’agrée) :« ne voyait aucun mal à réciter les protections sur l’eau, puis à la verser sur le malade ».
Cheikh ‘Abd Al-Muhsin Al-‘Abbâd a considéré cette transmission comme authentique et l’a utilisée pour soutenir la permission de réciter sur l’eau, de la boire ou de la verser sur le malade.
Le miel, la nigelle et les remèdes naturels prophétiques
La médecine prophétique (aṭ-ṭibb an-nabawî) recommande plusieurs remèdes naturels pour renforcer le corps et l’esprit. Le Prophète ﷺ a dit :عليكم بالشفاءين: العسل والقرآن
« Tenez-vous aux deux remèdes : le miel et le Coran. »
Rapporté par Ibn Mâja
في الحبة السوداء شفاء من كل داء إلا الساُم
« Dans la nigelle se trouve un remède contre toute maladie, sauf la mort. »
Rapporté par al-Bukhârî et Muslim
La patience et les invocations
La guérison peut prendre du temps. La patience (ṣabr) est elle-même une adoration. Pendant cette période, multiplier les invocations, notamment :اللهم رب الناس، اذهب الباس، اشف أنت الشافي
Allāhumma rabba n-nāsi, adhhib al-ba’s, ishfi anta sh-shāfī.
« Ô Allah, Seigneur des gens, fais disparaître le mal et guéris, Tu es le Guérisseur. »
Rapporté par al-Bukhârî et Muslim
- La roqya légiférée repose sur Al-Fātiḥa, Âyat al-Kursî, les deux derniers versets d’Al-Baqara et les trois dernières sourates.
- Réciter sur de l’eau puis la verser sur la personne atteinte est une pratique authentique.
- Le miel et la nigelle sont des remèdes prophétiques traditionnels, mentionnés à titre informatif.
- La patience et les invocations sont indispensables tout au long du processus.
- La guérison vient d’Allah seul – le praticien n’est qu’un intermédiaire.
- Tout traitement doit rester dans le cadre du licite islamique, en complément des soins médicaux si nécessaire.
Ce que disent les grands savants sur le mauvais œil
Ibn Taymiyya
Cheikh al-Islâm Ibn Taymiyya (661-728 H) définit la jalousie comme « le fait qu’un homme déteste les bienfaits qu’Allah a donnés à un tiers ». Il insiste sur le fait que la jalousie est une maladie de l’âme qui consume son porteur avant même d’atteindre sa cible. Sur le mauvais œil, il confirme sa réalité et son effet par la permission d’Allah, et rappelle que s’en protéger par les moyens légaux n’est pas incompatible avec la confiance en Allah (tawakkul).Ibn al-Qayyim
Ibn al-Qayyim al-Jawziyya (691-751 H), élève d’Ibn Taymiyya, est l’auteur qui a le plus développé la question dans Zād al-Ma’ād et Badā’i’ al-Fawā’id. Sa formulation est restée la référence :« Le mauvais œil est une jalousie spécifique. Cela est encore plus nuisible que la jalousie. Les effets du mauvais œil sont comme des flèches qui partent de l’âme du jaloux porteur du mauvais œil pour se diriger vers la victime. Elles atteignent leur cible parfois et la ratent parfois. »
L’imam An-Nawawî
L’imam Yaḥyā ibn Sharaf an-Nawawî (631-676 H), grand juriste shafiite et commentateur de Ṣaḥīḥ Muslim, écrit :« La majorité des savants ont compris ce hadith selon son sens apparent et ont affirmé que le mauvais œil est une réalité. Mais un groupe d’hérétiques l’a rejeté. Et si les textes de la religion nous disent que le mauvais œil existe, il est obligatoire d’y ajouter foi et il n’est pas permis de le démentir. »
Ibn Ḥajar al-ʿAsqalânî
Ibn Ḥajar (773-852 H), auteur du monumental Fatḥ al-Bārī (commentaire de Ṣaḥīḥ al-Bukhârî), définit le mauvais œil comme « apprécier une chose avec une teinte de jalousie issue d’une corruption du caractère, et dont la victime subit les méfaits ». Il rapporte le consensus des savants sur sa réalité et son traitement par la roqya et le lavage.Ibn Kathîr
L’imam Ismā’îl ibn Kathîr (701-774 H), exégète de référence, écrit dans son Tafsîr :« Toucher une personne par le mauvais œil et l’impact que cela produit par l’Ordre d’Allah est une réalité pure. »
L’imam Al-Qurṭubî
L’imam Muḥammad al-Qurṭubî (600-671 H), exégète malékite, commente Al-Falaq en ces termes : « Le jaloux est celui qui souhaite qu’un bienfait dont bénéficie un homme disparaisse et s’active pour ce faire. » Sur Al-Qalam 68 : 51, il dit : « Allah nous informe que par l’intensité de leur haine envers le Prophète ﷺ, ils voulaient l’atteindre par leur mauvais œil. » Sur la jalousie en général, il est sans concession : « La jalousie est une caractéristique blâmable. Celui qui est jaloux est angoissé. La jalousie consume les bonnes actions comme le feu consume les fagots de bois. » À retenir :- L’ensemble des grands savants classiques confirme la réalité du mauvais œil.
- Ibn al-Qayyim en a fourni l’analyse la plus détaillée dans Zād al-Ma’ād.
- An-Nawawî rappelle que nier le mauvais œil est contraire aux textes authentiques.
- Ibn Ḥajar et Ibn Kathîr s’accordent sur son effet réel par la permission d’Allah.
- Al-Qurṭubî insiste sur la gravité spirituelle de la jalousie pour son porteur.
- Aucun savant classique majeur ne remet en question la réalité du mauvais œil.
Les erreurs fréquentes et pratiques des charlatans à éviter
Attribuer tous les malheurs au mauvais œil
C’est l’erreur la plus répandue. Chaque échec, chaque maladie, chaque difficulté relationnelle devient automatiquement « le mauvais œil ». Cette attitude est problématique à plusieurs niveaux : elle contredit la notion de décret divin (qadar), elle empêche de chercher des solutions concrètes (médicales, professionnelles, relationnelles), et elle peut générer une anxiété permanente et injustifiée. Le Prophète ﷺ a dit : « Sache que si la nation entière se rassemblait pour te causer un tort, elle ne te causerait que le tort qu’Allah t’a prédestiné. » (Rapporté par at-Tirmidhî)Accuser une personne sans preuve
Accuser quelqu’un d’avoir jeté le mauvais œil sans preuve est une grave injustice. Cela peut détruire des relations, des familles, des communautés. La Sounnah ne donne aucune méthode pour « identifier » l’auteur d’un mauvais œil avec certitude. La suspicion doit rester dans le cœur, sans accusation publique.Porter des amulettes et objets « protecteurs »
L’œil bleu (nazar), la main de Fatima (khamsa), les fils rouges noués au poignet, les pierres gravées de versets – toutes ces pratiques sont interdites en Islam. Le Prophète ﷺ a dit : « Quiconque porte une amulette, qu’Allah ne lui accorde pas ce qu’il espère. » (Rapporté par Ahmad) Et : « Quiconque porte une amulette a commis du shirk. » (Rapporté par Ahmad)إن الرقى والتمائم والتولة شرك
« Certes, les incantations, les talismans et « at-tiwalah » sont du polythéisme. »
D’après ‘Abdullâh ibn Mas’ûd (qu’Allah l’agrée) ; authentique, rapporté par Abû Dâwûd, Ibn Mâja et Ahmad
Consulter des charlatans
Les « fqihs », « marabouts », « voyants » et autres praticiens qui prétendent diagnostiquer et traiter le mauvais œil par des méthodes occultes, des encens, des sacrifices d’animaux, des écrits incompréhensibles ou des pratiques mêlant Islam et sorcellerie sont des charlatans. Les consulter est interdit. Le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui se rend chez un devin et le croit, a mécru en ce qui a été révélé à Muḥammad. » (Rapporté par Abû Dâwûd)Délaisser les soins médicaux
Le mauvais œil n’est pas une excuse pour refuser la médecine. Le Prophète ﷺ a dit : « Faites-vous soigner, serviteurs d’Allah, car Allah n’a pas créé de maladie sans créer un remède. » (Rapporté par Abû Dâwûd et at-Tirmidhî) La roqya et la médecine ne s’excluent pas – elles se complètent. À retenir :- Attribuer tous ses malheurs au mauvais œil est une erreur spirituelle et pratique.
- Accuser quelqu’un sans preuve est une injustice grave.
- Les amulettes et objets « protecteurs » sont interdits, même avec des versets coraniques.
- Consulter des charlatans est interdit et peut constituer du shirk.
- Les soins médicaux ne doivent jamais être délaissés au profit de la seule roqya.
- Le juste milieu est de combiner foi, roqya légitime et médecine.